Compte rendu Bordeaux-Paris (Jean-Marc BEGAGNON )

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La frustration d’un premier Bordeaux Paris inachevé.

Je rêvais depuis des décennies de prendre le départ d’un Bordeaux Paris.
J’avais abandonné mon collègue Yves dans ce projet dans les années 90 et je l’ai
toujours regretté.
Cette nouvelle édition m’avait convaincu, je m’étais inscrit 2 mn après l’ouverture
des inscriptions sur ce nouveau site  » Bordeaux Paris la légende ».
Ma préparation n’avait pas été celle souhaitée mais j’avais aligné des sorties de 200,
300 et 400 km et j’étais plutôt confiant , j’ai maintenant l’expérience de Paris Brest
Paris.
J’ai l’habitude de dire que ce genre d’épreuves se fait  » au mental » et d’ordinaire je
n’en manque pas.
Mon fils Romain va m’accompagner pour la logistique du week-end, me conduire,
me soutenir. Je pense également qu’il va me ramener de Paris à la maison, en fait il
va me secourir, m’écouter encore et encore raconter mes déconvenues.
Merci à toi mon Romain, tu as été une assistance 5 étoiles.
Les formalités du vendredi passées, l’info de 1000 participants circule, nous
retrouvons Bernard mon collègue Bordelais pour dîner, 6 ans que l’on ne s’est pas
vus, on est heureux de partager cette soirée.
Samedi, il est 3h15 et je ne dors plus, j’ai terminé ma nuit. Je reste éveillé, allongé
jusqu’à 6h30, mon départ est prévu à 8h05.
Nous avons tous une convocation avec une heure de départ personnalisée par
vague de 6 cyclistes.
J’arrive au sas départ à 7 h 45 et surprise, personne ne vérifie votre horaire de
convocation, on part quand on veut. L’animatrice au micro explique que les vagues
les moins rapides sont parties depuis 7 h00.
Dans la réalité, il y a seulement 500 partants dont au moins 400 ont déjà pris la
route, les cadors et autres cyclos bien expérimentés sont déjà loin. Au micro un
participant explique que son groupe n’a jamais dépassé la distance de 140km….
Je décide de ne plus attendre, il est un peu moins de 8h00 je me glisse dans une
vague et c’est parti.
Mes compagnons de route sont belges dont une fille. Le rythme est bon, les
premiers kilomètres défilent, les relais sont longs. Je me dis que je suis dans un bon
groupe et puis avec une fille on va rouler sans accoup,
Je me rends rapidement compte que je suis le plus âgé, je prends la décision que
mes relais seront plus courts.
La sortie de Bordeaux se fait en traversant des zones industrielles, le revêtement
n’est pas super, j’évite quelques nids de poule.
On dépasse 3 vagues, je vois quelques cyclos occupés à réparer suite à crevaisons.
Je pense qu’ils n’ont vraiment pas de chance, si près du départ !
On a notre vitesse de croisière, tout va bien, 30 km sont avalés rapidement et puis
pschitt !! sans raison apparente c’est ma roue arrière !!
Mais ce n’est pas possible, j’avais pris soin d’échanger ma chambre à air light par
une plus classique avant mon BRM 400 car elle ne tenait pas la pression.
C’est avec peine que je suis contraint de m’arrêter et de laisser filer ma vague.
Je change une première chambre à air, je gonfle avec une cartouche , pschitt une
deuxième fois ! Je redémonte, je vérifie mon pneu, j’utilise la deuxième chambre
imposée par l’organisation, je gonfle à nouveau avec une cartouche .
Je range tout, je repars, enfin presque car je fais quelques mètres et je suis sur la
jante.
Les minutes tournent, les cyclos qui me dépassent m’encouragent.
Heureusement, j’ai une troisième chambre au fond du sac, celle qui a une rustine
mais elle me sauve, dans l’énervement je gonfle comme je peux avec la mini
pompe.
Je fini par repartir, mon pneu est sous gonflé, à chaque tour de roue je sens un
balourd, sans doute la rustine.
Je roule maintenant seul avec ce vent de 3/4 de face. Je me dis que c’est mal barre,
suis collé et dans le vent, il me reste 628 km…
Après quelques dizaines de kilomètres je suis rattrapé par un groupe de 12
corbeaux, cuissards et maillots noirs.
En fait, 11 corbeaux et une corneille, je me joins à eux et ainsi j’évite d’être en
boucle dans la tête !
L’allure reprend, je me refais une griotte, je constate que cette joyeuse équipe de
croque-morts voyage léger.
Un cyclo vient me faire la causette, ce sont des Bretons, je comprends que ce club
est très privé, aucun signe distinctif sur leur tenue. Ce cyclo m’explique qu’il y a là,
un Directeur Sportif d’une équipe pro, un pistard champion du monde, un chef
étoilé, le PDG d’une grosse boîte, la fille impose la vitesse de croisière.
J’explique mes déboires à mon cyclo bavard. Finalement ma roue arrière tient et ce
groupe m’aide à me remettre dedans !
Km 80, ma joyeuse équipe tourne au fond d’un parking de supermarché et retrouve
un camion blindé de matériels et victuailles.
On me donne 2 chambres et mon pneu retrouve près 4,5 bars de pression
supplémentaire !
Quel bonheur, je retrouve l’espoir de continuer l’aventure.
Je laisse mes nouveaux compagnons de route se restaurer et je reprends la route
pensant que je vais les retrouver dans peu de temps.
Mais les kilomètres vallonnés et surchauffés se succèdent et c’est seul que j’arrive
au CP1 du km 155. Je grignote rapidement, je fais le plein des bidons et je repars
vite.
A la sortie du contrôle, mon GPS ne voit plus la trace, j’aperçois une pancarte de
l’épreuve, je prends cette direction, la mauvaise direction. Je pense maintenant que
cette pancarte était destinée aux voitures d’assistance. Je pédale seul dans la
pampa, mon GPS est perdu et moi également. Je m’arrête au sommet d’une bosse à
l’ombre, que faire ?
Je téléphone au PC de la course, on m’explique qu’ils m’ont appelé 3 fois pour me
prévenir. Mon téléphone était en mode silencieux. ..le mental est mis à mal, je dois
retourner au CP1, à seulement quelques kilomètres, là mon GPS est toujours perdu.
J’éteins et rallume plusieurs fois cet appareil de marque Allemande, mais impossible
de trouver la trace qui doit me conduire à Paris. Je lâche l’affaire, pour la première
fois je n’ai plus envie de lutter contre cette scoumoune, poisse et guigne réunies.
Je cherche une personne de l’organisation et lui rend ma balise.
Je pars dans cette commune de Montbron et vais me répandre sous un parasol,
écluser une bière en attendant l’arrivée de mon ange gardien.
Romain arrive, partage avec moi ma déception, me réconforte. Je parle beaucoup et
il m’écoute.
On rentre à la maison c’est terminé.
Je préviens famille et amis de mon abandon ainsi que Bernard à Bordeaux, Julien et
Roger à Paris.
Dimanche matin je distribue des kudos aux finishers que je connais. Je les envie,
bravo aux 394 qui sont rentrés dans les délais et à ce cyclo de 73 ans arrivé à 22h58
dimanche soit 2 minutes avant la limite des 40 heures,
Je ne sais pas à ce jour si je reviendrai pour ce Bordeaux-Paris. Avec cette formule
Ultracycling qui se dispense de fléchage, il n’est pas nécessaire qu’il fasse nuit pour
se perdre. Plusieurs fois, je me suis trompé de route, alors il est important d’avoir un
GPS avec cartographie qui recalcule votre route pour vous ramener sur votre trace
sinon on pleure.
Il paraît que d’écrire permet de surmonter la frustration.
Le 23 mai 2022
Jean Marc Begagnon
C.T.Lyon
Dossard 403

 

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